Une équipe, un séminaire et trois jours pour penser demain

Créé en 2022, le concours des Z en or est devenu un catalyseur pour les parents-aidants. Selon les participants, il est l’occasion de dire son amour, faire rimer le quotidien avec poésie ou décharger une colère.
Il permet de verbaliser mais surtout de partager et d’être entendu.
Chaque voix compte, chaque voix est un relai.
Partagez avec nous la voix des aidants.

Nous vous partageons la contribution de Jérôme, papa de Florian et gagnant du concours 2025 :

Je n’avais pas imaginé ma vie ainsi. Quand mon fils est né, j’étais militaire, habitué à l’ordre, aux règles, à la rigueur. J’avais en tête l’image d’un enfant “parfait”, celui que j’allais protéger du monde, celui que j’allais guider avec fermeté et tendresse. J’avais tout prévu, sauf la vie telle qu’elle s’est présentée à nous.  
 
Quand l’autisme a fait irruption, c’était comme une déflagration silencieuse. Pas un choc brutal, mais une lente fissure qui s’élargit jour après jour. Il y a eu ces crises qui surgissaient sans prévenir, ces moments où je ne savais plus quoi faire, où mon rôle de père me paraissait dérisoire. Et puis ce vide : aucune structure, aucun soutien, rien pour nous aider à tenir debout. J’ai pleuré, seul, la tête entre les mains. J’ai connu des nuits sans sommeil, des journées où la fatigue me transperçait les os. Je me suis senti faible, inutile, dépassé.  
 
Et pourtant, au milieu de tout cela, j’ai continué. Parce qu’il fallait. Parce que son regard, même au cœur du chaos, me rappelait que j’étais son père, son refuge, son pilier.  
 
Mon couple, lui, a vacillé. Nous nous sommes aimés, nous nous sommes perdus, nous avons cru tomber. Les tempêtes ont été violentes. Nous avons failli lâcher prise, failli laisser la douleur nous séparer. Mais il y avait ce fil invisible qui nous retenait, ce lien qui refusait de se briser. Aujourd’hui, je peux dire que nous avons survécu, mieux encore : nous sommes plus forts. C’est dans l’épreuve que notre amour a trouvé une nouvelle intensité.  
 
Mon fils a tout traversé : les structures temporaires, les failles béantes du système, l’indifférence, parfois même l’incompétence de ceux qui prétendaient aider. J’ai vu son désarroi face à des adultes qui ne le comprenaient pas, j’ai vu son courage quand il n’avait rien, personne, juste nous. Ces blessures-là, elles marquent, mais elles forgent aussi. J’ai compris qu’il n’était pas l’enfant “parfait” que j’avais imaginé. Mais qu’en réalité, il est bien plus. Il est unique, lumineux, imprévisible, et il m’a réappris à aimer autrement. J’ai appris à poser mes armes, à abandonner l’illusion du contrôle. J’ai appris à célébrer les petites victoires : un sourire arraché après une crise, une main tendue vers la mienne, une journée un peu plus douce qu’hier. Ces moments, pour d’autres anodins, sont pour moi des trésors.  
 
Oui, il y a eu les galères, les fatigues, les abîmes de découragement. Mais il y a aussi ces joies immenses, brutes, authentiques, qui éclatent comme des éclairs dans la nuit. Mon fils, malgré ses silences, malgré ses colères, m’a offert la plus grande leçon : celle d’un amour qui ne se mesure pas, qui ne s’explique pas, qui se vit dans chaque geste, chaque regard, chaque respiration.  
 
Je ne suis pas un héros. Je ne suis pas invincible. Je suis un homme cabossé par la vie, mais relevé par l’amour. Un père qui tombe et se relève, encore et encore. Un mari qui a choisi de tenir bon quand tout s’écroulait. Et surtout, un être humain qui sait aujourd’hui que la vraie force ne se trouve pas dans les médailles, mais dans la tendresse partagée au cœur des tempêtes.  
 
Alors oui, il y aura encore des larmes. Oui, il y aura encore des luttes. Mais il y aura aussi des rires, des éclats de lumière, des instants de grâce. Parce qu’au-delà des galères, des fatigues et des blessures, nous sommes une famille. Fragile, imparfaite, mais indestructible.  
 
Jérome, papa de Florian 

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