Christine Bonnefond est aidante de son mari Bertrand, porteur de SLA (maladie de Charcot) et trachéotomisé. En septembre dernier, ils ont séjourné chez Les Bobos à la ferme. Et cette parenthèse s’est révélée être bien plus que du répit.
— Cela fait plus de deux mois que je prépare ce séjour. Une logistique digne d’une expédition. Parce que partir en vacances avec une personne trachéotomisée et totalement dépendante, c’est aussi prévoir sur place : des machines pour aspirer et passer l’alimentation, de la tuyauterie, tout le petit matériel de soins, des compresses à l’eau stérile en passant par la canule de rechange – « au cas où »… Et quand de surcroît, on fait le voyage en train, c’est prévoir de tout faire livrer à l’avance, et de penser au drive du coin pour les courses… Pas sûre que je m’en serais aussi bien sortie sans l’aide précieuse de Maëva* et du formidable prestataire sur place.
— C’est parti pour 10 heures de voyage, en train et transport PMR, en prévoyant large parce qu’on se meut lentement à chaque étape, et qu’il faut prévoir les pauses pour Bertrand.
Voyage un peu chaotique, comme les routes, ou comme ma conduite du fauteuil électrique… Mais en gardant le sourire, portés par l’impatience et l’excitation des vacances. Et puis passé le panneau La Madelaine-sous-Montreuil, le cœur qui s’emballe à l’idée de découvrir « en vrai » ce lieu dont je suis chaque moment de vie, de joie mais aussi de peine, depuis si longtemps.
Voilà, enfin, au bout de ce long périple, l’arrivée chez Les Bobos à la ferme. Prendre le temps de savourer la douceur du lieu, respirer, enfin.
— Bertrand sur la promenade qui longe la mer, à Berck. Cette odeur portée par le vent vers lui, qui pensait avoir perdu l’odorat. Entre 2 aspirations, je me sens envahie par une sorte de vertige, entre l’exigence du soin qui me tient au réel, et le bruit des vagues qui m’attire bien au-delà, en partage avec l’émotion de Bertrand.
— Les images se bousculent.
La promenade dans les marais le long de la Canche, cette impression d’être dans un paysage peint par Albert Marquet, le galop des nuages, et le chaud du soleil après l’averse, le face à face de Bertrand avec la mer – cette mer qu’il n’avait plus revue depuis tant d’années, nos périples au volant de la Bobomobile, et ma visite du jardin en friches mais baigné de lumière et comme habité…
— Bertrand m’a dit avec un sourire que paradoxalement, pour lui qui ne mange plus, le meilleur moment fut le repas partagé avec des membres de l’équipe, un de ces moments d’amitié que nous ne vivons plus guère, parce que depuis longtemps notre maison a été désertée.
— Nous vivons ensemble depuis 16 ans. Et c’est la première fois que nous partons en vacances ensemble… Peut-être parce que jusque-là, l’appréhension l’emportait, peut-être parce qu’on n’avait pas trouvé le lieu qui nous donne envie de réaliser ce pari un peu fou, en toute confiance. Et, comble du bonheur, nous serons même réunis en famille puisque Juliette, ma fille, vient passer 3 jours avec nous. Nous n’avions jamais pris de vacances tous les trois.
— J’ai rencontré Marie et Yoan, venus se poser pour quelques jours entre mère et fils.
Parfois il suffit de peu de temps pour se comprendre entre aidants. Ce lieu permet à la parole de circuler librement. Alors la rencontre peut se faire et s’insinuer dans les interstices d’une paix retrouvée.
Marie a déposé ses mots le temps d’une cigarette, pendant la séance Snoezelen de Yoan. Je crois qu’elle aurait aimé en déposer encore…
— Depuis notre arrivée, je continue à accomplir les actes de soin, les gestes d’aidants. La différence, c’est que cette routine n’est plus là qu’en pointillés, laissant toute sa place à une palpitation nouvelle pour nous. Nous avons retrouvé ici une harmonie et même une joie de vivre égarées le long de notre chemin ensemble.
— Mais nous rentrons chez nous riches, parce qu’un séjour aux Bobos à la ferme met de l’or dans nos jours. On en garde un morceau dans le cœur et il va continuer à nous enluminer, longtemps après.
Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les séjours, sans jamais oser (nous) le demander ! Poursuivez l’aventure de Christine en écoutant Les Beaux mots #4
Donateur, adhérent, bénévole, mécène, fondation… Vos dons sont le terreau de nos actions : ils rendent possible, très concrètement, la vie et le développement des Bobos à la ferme. En donnant de l’argent, de son temps ou de sa créativité, il y a mille façons de participer aux projets des Bobos à la ferme.