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C’est dit (ou pas exactement d’ailleurs), c’est décidé, on restera confinés chez nous. 

Annulées les réunions, reportées les réservations de mars, remplis les frigos, débordants les placards, cette « guerre » – que je n’ose nommer ainsi par décence pour celles et ceux qui se font bombarder – mais qui dit son nom si elle est bactériologique, aura précipité peut-être les prévisions d’effondrement. Même si tout ne collapse pas encore, la fermeture des commerces, la restriction de nos libertés de mouvement, la planification de notre alimentation, l’ambiance anxiogène nous oblige à penser le monde – un peu? – différemment. 

Quitter les grandes villes, réorganiser son espace intérieur, sa vie de famille, sa vie professionnelle, envisager l’éducation autrement, saisir l’opportunité pour redéfinir ses essentiels, regarder son couple, ses enfants, ses amis autrement. Je vois beaucoup de similitudes avec la brusque invitation de la maladie ou du handicap d’un enfant dans la vie d’une famille. Bien sûr, l’exemple que je connais le mieux est le nôtre. Quitter Paris, réorganiser nos espaces pour tenter d’y conserver une zone non-confinée de respiration – quand on ne respire plus. Chambouler sa vie de famille devenue éclatée, changer de vie professionnelle lorsque le télétravail n’est plus une option, donner ses jeux éducatifs Montessori, ses contes fabuleux, ses projections de vie lisse, aux petits remous juste là pour mettre un peu d’ambiance. Redéfinir l’essentiel, devenir minimaliste et court-termiste car il vaut mieux pour ne pas se faire trop souffrir. Vivre le présent quand le futur devient angoisse. Regarder son couple, ses enfants, ses amis autrement. Organiser de nouvelles soirées, de nouveaux apéros à distance, avec ceux qui restent et qui comprennent. Travailler à la maison, cultiver son jardin.

Mais cet exemple, ce n’est pas que le nôtre, c’est celui de beaucoup de parents que nous côtoyons depuis près de 4 ans. Faire l’école à domicile quand celle-ci ne veut plus de vos enfants, devenir la maîtresse de son fils et s’astreindre à le faire progresser chaque jour car sans ces deux heures de synthèse vocale, il ne pourrait plus suivre aussi bien à l’école, faire un burn out car tenir des années en apnée, sur tous les fronts, a forcément des conséquences, quoique certains employeurs veulent croire, ou pas. Se confiner car son enfant qui hurle et se tape, il dérange. Et on ne veut pas déranger, on ne veut pas voir ses amis mal à l’aise et fuir, on anticipe, on ne les invite plus. Peut-être est-ce que ça arrange tout le monde. S’accroche qui pourra. Se séparer parce que le confinement subi, quand il ne touche pas toute la population, c’est peut-être moins simple. 

Alors voilà, maintenant, on va rester bien sagement à la maison car c’est la seule solution pour se sauver les uns les autres et, tant qu’il y a une solution, autant l’appliquer. On va se prendre quelques mois – combien? – de retard de travaux dans la vue, on va vivre quelques semaines – mois? – compliqués au gîte, on va continuer à travailler, à envoyer des dossiers avec Andrea dans les bras, on va angoisser d’une pénurie possible – improbable pour l’instant – des médicaments pour Andréa, tous fabriqués dans des pays lointains, importés avec des autorisations spéciales et déjà soumis aux aléas du marché mercantile des laboratoires. 

On va continuer à être connectés à distance à sa neuropédiatre qui est la seule que nous voulons écouter, loin des scénarios catastrophes de certains groupes handicap des réseaux sociaux. 

Et Marion devrait continuer à être auprès d’Andréa, à circuler avec une autorisation spéciale, comme ses soignants en zone de guerre « laissez-moi passer, j’ai une petite fille extraordinaire qui a besoin de moi » (et ses parents tout autant).

Et Thomas devrait continuer ses séances de kinés 3 fois par semaine, car même si le cabinet est fermé, comment Andréa pourrait se passer de ces séances? 

Et les séances de bien-être et de détente dans l’eau et la psychomotricité avec Charlotte sont en pause, les petites marionnettes ne clôtureront pas ces moments tant attendus où son petit corps peut faire des mouvements impossibles à explorer en dehors de l’eau. 

Mais peut-être cette pause est-elle aussi bienvenue car je n’avais pas pris le temps depuis longtemps de vous écrire, dépassée par le quotidien des séjours de répit, de tourisme, les nombreux projets en cours et ceux à venir. 

J’aurais voulu vous parler de tellement d’événements ces dernières semaines mais le faire rapidement me paraissait injuste par rapport à l’importance qu’ils avaient pour moi. Parmi eux, je voulais envoyer des pensées pleine d’amour aux parents d’Arthur qui est parti trop tôt il y a dix jours. Arthur qui me faisait tant penser à Andréa, Arthur qui s’est battu pendant 30 jours contre un virus qui aura eu raison de lui, Arthur, dont les parents nous touchent tellement par leur force de vie, leur pédagogie à toute épreuve pour parler du handicap, continuer à sensibiliser, pour que la vie d’Arthur puisse, elle aussi servir le changement de regard. Je pense beaucoup à lui et à eux depuis deux semaines et aux parents d’enfants différents qui doivent faire face à la fermeture des établissements (relativisez la fermeture des écoles…), aux parcours de soins chamboulés, aux hôpitaux devenus zones à risque mais indispensables pour leurs enfants, déjà si fragiles. Et j’en passe.

Je termine sur une note que je souhaite positive, parce qu’on ne se refait pas, que c’est la seule arme que j’ai parfois…cette note, c’est Marina Fois qui me l’a soufflé ce matin sur son Instagram, il s’agit du THÉORÈME DE QUARANTELLI: « Pire est la situation, meilleures se révèlent les personnes ». Enrico QUARANTELLI (1924/2017) n’était pas un utopiste, mais un sociologue spécialisé dans les réactions aux désastres. Il commença ses travaux après une tornade qui dévasta l’Arkansas en 1952, mais ce fut le grand tremblement de terre en Alaska en 1964 qui lui permit de tirer ses 1ères conclusions: les catastrophes font émerger le meilleur de l’humanité. 

Il est faux de penser que les gens réagissent de manière hystérique. 

La solidarité prévaut sur le conflit.

La société devient plus démocratique.

S’évanouissent, au moins temporairement, les inégalités et les distinctions de classe. 

On souffre ensemble, on travaille ensemble.

Le désastre éloigne le superficiel et laisse apparaître l’essence des choses.

A qui lui demandait pourquoi on avait tendance à penser le contraire de ce que ses recherchés démontraient, il répondait :

« C’est difficile d’accepter que la bonté soit la normalité, c’est une vérité trop rassurante ».

C’est aussi ce que nous expérimentons depuis 4 ans: une bonté dans le désastre que peut parfois se révéler la vie. C’est parti, à nous de prouver que ce sacré Enrico avait raison et oui, j’espère que nous en sortirons différents, plus conscients que tout ça peut arriver. Et pas qu’aux autres.

Des baisers, de loin.

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Catégories : De nous à vous

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